Comme je l'ai évoqué précédemment, les médias en font bien souvent trop, et c'est le cas pour l'Egypte également, du moins dans la zone où nous étions. Ainsi, je vous livre un texte écrit par mon oncle qui connaît l'Egypte comme sa poche puisqu'il a vécu au Caire 4 ans et qu'une grande partie de ses études furent tournées vers ce pays-ci.

 

       "Faire du tourisme en Egypte en février 2016, est-ce bien raisonnable ?

 

     Nous sommes nombreux à connaître des amis, des parents qui ont "fait l'Egypte" : ils sont allés visiter les pyramides, le musée du Caire, les souqs du Khan el Khalili. Ils ont parcouru, souvent en croisière sur le Nil, la Haute-Egypte : la Vallée des rois, Karnak, Abou Simbel, etc.

 

      Ces hauts lieux du tourisme culturel sont aujourd'hui des zones sinistrées où l'on peut se retrouver seul ou presque face à des monuments que les files d'attente ou le commerce informel noyaient dans un brouhaha parfois insupportable. Après une révolution liée aux printemps arabes (25 janvier 2011) et une parenthèse sous l'autorité d'un président issu de la confrérie des Frères Musulmans, l'Egypte a retrouvé un régime militaire fort qui fait face avec dureté à une situation économique catastrophique.  Premier défi, rarement abordé dans les décisions politiques : maîtriser une explosion démographique foudroyante ( 2,6% annuels) la première du monde. Avec 90 millions d'habitants concentrés sur une superficie habitable égale à celle de la Belgique, le pays ne survit que grâce à l'importation massive de céréales, redistribuées sous forme de pain subventionné. L'agriculture intensive fournit jusqu'à trois récoltes par ans à des paysans au niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté. Le Caire est la plus grande ville d'Afrique, avec ses zones "d'habitat informel" et une pauvreté partout visible. Dans le delta, quelques industries souvent à bout de souffle (sucre, coton) peinent à faire vivre un prolétariat de moins en moins docile. 

 

      La bande littorale du gouvernorat de la Mer Rouge attire une main d'oeuvre en majorité originaire de Haute Egypte et du delta : le récent abandon des touristes russes en fait également une zone en crise où le touriste étranger devient rare.

 

      Plonger en mer Rouge permet de se faire une petite idée de la vie égyptienne : en quittant la bulle de confort qu'est la zone hôtelière, un taxi fait déjà apprécier le style de conduite local assez délirant. Une promenade dans le "vieil Hurghada" (qui date des années 1980 !) est l'occasion de croiser des gens qui ne refuseront jamais de vous indiquer votre chemin (attention : même s'ils ne connaissent pas le lieu demandé ils vous enverront -par politesse !- quelque part) et prendront plaisir à discuter avec vous autour d'un café turc, d'un thé local ou d'un coca. 

 

      Oui,  les femmes sont presque toutes voilées : depuis que les Égyptiens ont émigré en Arabie Saoudite ou dans le Golfe pour y travailler en grand nombre dans les années 80, ils ont importé le style wahabite et la condition féminine ne va pas ici en s'améliorant. De grands clochers et des églises en béton rappellent que l'Egypte - où fuirent selon les évangiles, Marie, Joseph et Jésus - est aussi le pays d'un grand nombre (environ 10% de la population) de Chrétiens, les Coptes.

 

      Alors, durant les moments où l'on ne plonge pas, c'est une vraie expérience humaine que de partager un peu du quotidien de ces hommes et ces femmes qui se voient tous comme citoyens du pays qui par la richesse et l'ancienneté de sa culture est "la mère du monde".

 

      Faut-il ajouter qu'à aucun moment de nos promenades, sur terre comme sur mer, nous ne nous sommes sentis en danger ?

       Plonger en mer rouge a été pour nous une expérience économiquement avantageuse et humainement enrichissante: nos contacts égyptiens ont été nombreux à nous remercier de ne pas les "laisser tomber" en ces moments plus que difficiles."